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La décentralisation est la grande orpheline du projet de révision de la Constitution du 11 Décembre 1990.

Notre démocratie n’est pas seulement malade de l’hypertrophie du pouvoir exécutif et du dysfonctionnement de ses institutions de contre-pouvoir, elle est aussi très malade de l’esprit outrancièrement centralisateur qui anime sa gouvernance.

Après 26 années (au nombre desquelles 17 années de simulacre d’application des lois sur la décentralisation) passées à ignorer le principe de subsidiarité le temps n’est-il pas venu d’ancrer ce principe dans notre Constitution ?

La démocratie à la base et la gouvernance locale sont restée balbutiantes, sans impact sur les défis quotidiens des populations et sur leurs potentialités. Son échec est en grande partie la cause du désamour des béninois pour leurs dirigeants politiques ; même si cette conclusion figure rarement dans leurs analyses.

Le mot "Décentralisation" ne figure pas dans la constitution du 11 Décembre 1990. Il n'est pas trop tard pour corriger oubli et inscrire la subsidiarité et la décentralisation dans notre Constitution. Ancrer ce principe dans notre Constitution c'est nous éloigner un peu plus du leadership «Yinwê » de la décennie écoulée.

Bien sûr la constitution ne devrait pas entrer dans les détails mais devrait juste poser en un article ou alinéa d'article le principe (subsidiarité) des lois de décentralisation.

"Les réformes politiques et institutionnelles ne doivent donc pas être une simple opération cosmétique pour la démocratie des élites ; elles doivent contribuer à donner une impulsion au développement à la base."

#PacteAlafia

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"Un immense fleuve d'oubli nous entraîne dans un gouffre sans nom". Nous venons de citer Renan. Comme s'il nous jetait à la figure ce que nous feignons de ne pas savoir. Comme s'il nous contraignait à nous regarder, à nous voir tels qu'en nous-mêmes.

Face à l'histoire qui n'a pas de gomme, nous voici interpellés après que nous eûmes gommé tous nos lieux de mémoire. Faute grave s'il en est, l'errance étant devenue notre compagne. Et nous surfons, sans but ni destination, sur les vagues de la mer de la vie, le souvenir aphone, la mémoire atone.

Nous nous sommes mis en devoir de repérer, à Cotonou, quelques lieux de mémoire. Que sont-ils devenus ? Constat aussi amer que dramatique. La plupart sont passés par profits et pertes. D'autres sont à jamais bradés. Tous sont enfouis dans les profondeurs abyssales de l'oubli.

Nous entendons monter le concert des critiques. Quel intérêt a-t-on à s'attacher, à l'ère du numérique, à des antiquités et à des vieilleries ? Pourquoi, alors que la mondialisation frappe à nos portes, cherche-t-on à insuffler vie à des objets inanimés ? Que gagne-t-on à déranger, alors qu'ils sont morts de leur plus belle mort, ceux qui sont admis à faire valoir leur droit au repos éternel ?

Tout le monde connaît l'Unafrica à Cotonou. Beaucoup s'étonnent qu'un point aussi névralgique de la ville continue d'abriter les restes miteux d'un vieux bâtiment sans relief. Ils verraient bien, en lieu et place, une tour de verre flambant neuf. Ce fut, du reste, le rêve caressé par un groupe d'investisseurs. Ils accoururent le projet d'un casino ultra moderne en bandoulière. Mais les mânes de nos ancêtres ne dormaient pas. Le vieux bâtiment continue de résister aux épreuves du temps, de défier, avec succès, ceux qui cherchent à l'enterrer sous une chape de magot et de béton.

Au cas où nous l'ignorerions, l'Unifrica est l'un de nos hauts lieux de mémoire. Épargnons-lui l'oubli dont nous l'enveloppons. Libérons-le des affronts que nous lui infligeons. Ce bâtiment a retenti d'éminentes voix de l'élite béninoise, africaine. Celle qui supporta la marche de nos pays vers l'indépendance. Celle qui porta la charge de nos jeunes souverainetés. Pour mémoire, ce fut l'Unafrica qui abrita, du 25 au 28 juillet 1958, le congrès constitutif du PRA (Parti du regroupement africain) avec Léopold Sédar Senghor, Lamine Guèye, Émile Derlin Zinsou… et bien d'autres. L'indépendance immédiate fut revendiquée à cette occasion.

Un autre lieu de mémoire, c'est le PLM Alédjo. Ce fut le berceau de la conférence des forces vives de la nation. Le concept de "Renouveau démocratique" y était né. Un concept qui a essaimé et prospéré depuis dans toute l'Afrique. La Constitution du 11 décembre 1990, celle qui nous régit depuis plus d'un quart de siècle, y a trouvé l'esprit et l'intuition qui l'animent.

Que devient-il, aujourd'hui, le PLM Alédjo ? Il n'est plus que l'ombre de lui-même. Il est abandonné aux fantômes. Il est enveloppé de ténèbres. Il vibre des voix d'outre-tombe. Il n'y a guère longtemps, le PLM Alédjo a été mis en vente. Des multinationales de l'immobilier et du tourisme se précipitèrent, les poches pleines d'offres en pièces sonnantes et trébuchantes. Mais, encore une fois, les mânes de nos ancêtres veillaient. Les prédateurs sont partis, mais le bâtiment se meurt, enveloppé du souffle vitreux de l'oubli.

Connaissez-vous la place Lénine ? Nous l'avons dépouillée de la statue de celui qui lui a donné son nom. Aurions-nous honte de notre passé de révolutionnaires ? Renierons-nous une époque de notre histoire, l'époque où le marxisme-léninisme était notre guide philosophique et le socialisme scientifique, notre voie de développement ? La place Lénine, sans la statue de Lénine, est amputée d'une partie de sa mémoire. Retrouver et restaurer l'objet perdu, cela revient à rendre à cette place un bien qui lui a été volé.

Enfin, qu'est-elle devenue, à Cotonou, la maison d'Hubert Maga, le premier Président du Bénin indépendant ? Dans un pays africain, la maison du premier Président a été rachetée par l'État et transformée en musée. Pourquoi les Béninois n'ont-ils pas pensé faire de même ? Parce que, ici, c'est le Bénin !

Jérôme Carlos, le 16 Août 2016

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Sommes-nous peu ou trop nombreux ? 10 millions de Béninois ayant destin lié, sur quelques milliers de km² de terres. Ce n'est pas rien. La démographie ou l'étude statistique des collectivités humaines s'impose aujourd'hui comme une donnée majeure dans tout projet de développement.

Aucune projection sur l'avenir ne peut l'ignorer. Aucune forme de planification ne peut la minorer. La démographie fournit diverses indications sur l'évolution d'une population. Elle avertit des menaces. Elle aide à identifier, à repérer des seuils de rupture dans l'évolution de la structure humaine d'un pays.

Pour comprendre l'évolution humaine du Bénin, nous avons retenu trois axes d'éclairage à l'effet de répondre à une seule question : les données démographiques disponibles augurent-elles, pour notre pays, d'un avenir radieux ou le conduisent-elles vers des lendemains qui déchantent.

Premier axe d'éclairage : l'éloquence glaciale des chiffres. Luc Gnacadja, ancien ministre, a publié, il y a une dizaine de jours, dans la presse nationale, une tribune. Les réformes politiques et institutionnelles en furent l'objet. L'auteur n'a pu ni projeter l'avenir ni viser un quelconque horizon, sans prendre en compte une somme de "dynamiques démographiques". Il s'agit des tendances lourdes qui pèsent sur la marche du Bénin d'aujourd'hui et dont dépend le destin du Bénin de demain. Les chiffres, les données statistiques qui balisent la réflexion de l'auteur sont édifiants.

-        3,5%, c'est l'accroissement annuel de la population du Bénin, entre 2002 et 2012. C'est l'un des taux les plus élevés au monde.

-        La population nationale a doublé de 1990 à ce jour. La population urbaine a plus que triplé. En 2020, la moitié des Béninois vivra dans les villes.

-        57% des Béninois ont moins de 20 ans. Cela rend compte du poids démographique exceptionnel des jeunes au niveau de tous les segments significatifs du développement du pays.

Deuxième axe d'éclairage : le silence coupable des décideurs. Ces chiffres qui font frémir, ont quitté la sphère d'élaboration des spécialistes. Ils sont bien en place dans les rapports qui trônent sur les bureaux de nos décideurs. Qui prend la peine de les lire ? Qui décide de les consulter ? Qui se charge de les traduire en données opérationnelles ? Nourrissent-ils la réflexion ? Éclairent-ils les axes de planification ? Inspirent-ils des décisions d'État ? Déterminent-ils des stratégies d'action ?

Si nos décideurs savaient lire l'évolution démographique de notre pays, ils ne montreraient point autant de laxisme sur la question cruciale de la décentralisation. Un seul exemple, le travail des jeunes, sujet préoccupant s'il en est. Ici, l'État central montre ses limites. Mais il s'interdit, dans le même temps, de saisir les opportunités que peuvent offrir nos communes, à tenir pour des gisements potentiels d'emplois. Nos décideurs ne devraient pas non plus se montrer peu regardants sur la question du sport en général, du football en particulier.

Des milliers de jeunes en ont fait leur fonds de rêve, d'espérance et d'ambitions. Ne parlons pas de tous les autres secteurs où nous manquons de politiques pertinentes pour un développement maîtrisé : éducation, santé, cadre de vie, loisirs, parité homme/femme, infrastructures…

Troisième axe d'éclairage : l'inconscience joyeuse des populations. En l'absence d'une éducation des populations aux réalités et aux vérités de la démographie, le Bénin se peuple dans le désordre. Dans nos campagnes comme dans nos centres urbains, nombre de nos compatriotes continuent de chanter "Ovi wê gni dokoun" "Ovi wê gni alé".

L'enfant, c'est la vraie richesse. C'est le bénéfice dont la vie nous gratifie. Comme si la recette pour s'enrichir dans la pauvreté, c'était de procréer à tout va, à volonté, à gogo. Les familles se boursoufflent à vue d'œil. La chaîne des parents, alliés et amis s'allonge à l'infini. Les difficultés de tous ordres s'ajoutent aux problèmes de toutes tailles. La fameuse solidarité africaine se mue en un socialisme parasitaire et tentaculaire.

Au casino des riches, l'expression "Faites vos jeux" est une invite à miser. Que peut signifier la même expression au casino des pauvres ? Alors qu'on a les poches vides. Pendant que l'on tire le diable par la queue. Au moment où l'on est entouré d'une ribambelle d'enfants. La cause est entendue. À "Ovi wê gni dokoun" répond "Ovi wê gni ya". Comprenne qui pourra. Comprenne qui voudra.

Jérôme Carlos

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10 millions. C'est le nombre que nous sommes. Sommes-nous 10 millions de citoyens béninois ou 10 millions d'habitants du Bénin ? La question mérite d'être posée. Il nous est loisible d'affirmer notre appartenance à un terroir, en termes de citoyenneté locale. Tout comme nous pouvons dilater cette appartenance à l'échelle de notre pays, en termes de citoyenneté nationale. Mais nous ne pouvons esquiver une question. Peut-on prétendre aimer le Bénin sans avoir le moindre sentiment pour son terroir ? En tout cas, nos terroirs respectifs interpellent nos politiques actuelles de décentralisation. Elles peinent à décoller. Pourquoi ? Trois ennemis verrouillent notre rêve de développement à la base.

L'ennemi N° 1, c'est le pouvoir central. Il n'a consenti à décentraliser que parce que forcé et contraint. L'histoire retiendra que la décentralisation, chez nous, ne s'était pas cristallisée autour d'une vision, celle du moins d'Etat pour mieux d'Etat, valorisant du coup la notion de subsidiarité. Le centralisme jacobin, hérité de la France, a congelé nos consciences. Il nous a formatés pour chérir et célébrer le centre. Cela revient à tout concentrer à Cotonou. Quitte à rendre au désert le reste du pays. Cela revient également à préférer être le dernier dans la capitale plutôt que d'être le premier dans son terroir.

Il arrive ainsi que le pouvoir central montre, sous l'angle du développement du pays, une ignorance crasse de la décentralisation. Il arrive également que le pouvoir central décentralise pour la forme pour s'interdire de décentraliser vraiment. La coquille est mise en place, mais elle est vide. Les apparences suggèrent des choses que les réalités démentent. Parfait jeu de cache-cache dans lequel se trouvent noyés les prémisses et les enjeux d'une vraie décentralisation. Au grand dam d'un vrai développement.

L'ennemi N° 2, c'est l'ensemble des entités décentralisées. Cela va du Maire, autorité locale, à son conseil communal, expression démocratique des suffrages d'une communauté, d'une collectivité humaine. Parlons vrai. La décentralisation, jusqu'ici, s'est moins préoccupée de transférer des ressources et des compétences que de délocaliser des querelles politiciennes du centre vers les périphéries. Les acteurs principaux changent de ring sans pour autant changer de vision et de combat. On assiste à un simple glissement territorial d'intérêts et d'ambitions. On change de terrain et d'échelle dans une perspective et selon un agenda dictés par les états-majors politiques. Foin donc de toute vision de croissance et de développement portée par les populations à la base !

Dans ces conditions, les entités décentralisées ne peuvent plus être des structures déléguées et représentatives des populations. Elles sont, en réalité, des appareils politiciens commis à la gestion des intérêts contraires de divers clubs électoraux antagonistes. Y trouvent leurs sources les conflits sans fin qui polluent la vie de nos communes. Avec, presque souvent en point d'orgue, la déstabilisation et le limogeage des maires élus. Par ailleurs et sous l'angle de la psychanalyse, ce n'est pas innocent de porter sur les engins de terrassement d'une commune l'inscription : "La Mairie travaille pour vous", version alternative du "Yin wê". Dans la vision d'une parfaite collaboration entre mandants et mandataires, on préfèrerait lire sur ces engins quelque chose comme "Ensemble, travaillons pour le développement de notre commune". On le sait, nos mots trahissent souvent nos intentions les mieux cachées.

L'ennemi N° 3, c'est le citoyen lui-même. On mettra l'accent sur son niveau de culture politique. Il est généralement faible. Mais les politiciens n'en ont cure. Pour eux, il vaut mieux avoir affaire à un troupeau bêlant qu'à des êtres humains pensants. On soulignera la précarité. L'argent-roi change tout. Il fait déterminer des citoyens d'une localité à marcher à côté sinon sur leurs propres intérêts. Les dés étant pipés, le citoyen-électeur est manipulable à merci. Il se fait manipuler à tous les coups. Il s'exclut lui-même de tout débat sur son présent et sur son avenir. On déplorera, enfin, la démission. Le citoyen pense ne plus devoir faire quoi que ce soit pour lui-même et par lui-même. Comme pour prendre au mot "La Mairie travaille pour vous", il veut qu'on fasse tout pour lui, qu'on fasse tout à sa place : un trou à combler ici, un caniveau à curer par là, une place à rendre propre plus loin. Si rien ne bouge, rien ne se fait et rien ne change. Voilà à quoi nous avons tristement réduit la décentralisation : un véritable jeu de cons. C'est bien dommage !

Jérôme Carlos

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